Le tailleur ensorcelé et autres contes

Sholem Aleikhem

Language: French

Publisher: Albin Michel

Published: Jul 14, 1972

Description:

On dit souvent que l’humour de Cholem Aleichem consiste en jeux de mots. C’est vrai en partie. Depuis toujours les Juifs chérissent la Parole. D’abord, ils ont reçu en héritage inaliénable, la parole révélée écrite (la Torah). Puis, la parole orale traditionnelle (le Talmud, le Midrach). Peu à peu, ceux de l’Europe Orientale ont forgé, par leurs propres moyens, celle parole « vécue » qui est devenue leur mode d’expression le plus naturel, à la fois tendrement maternel et explosif. C’est à elle qu’ils ont confié désormais leurs rêves les plus chers et c’est elle en retour qui leur révélait tous ses secrets. En évoquant le génie de Cholem Aleichem, on est ainsi obligé d’insister sur la langue yiddish. C’est une langue faite à l’image de ses personnages. Comme eux, en bousculant souvent grammaire, syntaxe et règles rigides, elle déverse son trop-plein de vitalité. Elle aussi, vivant plus dans le passé et dans l’avenir que dans le sordide présent, ne fait qu’osciller entre le rêve et la réalité. L’art de Cholem Aleichem s’apparente à celui de Charlie Chaplin – à qui on l’a souvent comparé – tant par le fond que par les moyens d’expression. Tout comme Chaplin, ce mime génial, Cholem Aleichem donne à chaque geste qu’il esquisse une signification particulière et dégage de chaque « gag » une leçon d’une haute tenue humaine. La vision du grand classique yiddish rejoint, par ailleurs, celle de Marc Chagall, peintre authentiquement juif. En effet nul mieux que Chagall n’a su transposer en lignes et en couleurs le lyrisme aussi touchant que débridé du « shtetl », le drame souriant et fantastique qui couvre de ses broderies bizarres l’entre-deux-rêves dans lequel s’imbriquent hommes, bêtes et choses. On a aussi comparé Cholem Aleichem à Gogol, à Tchékhov ou encore à Dickens, mais selon le témoignage de Mark Twain – qui s’y connaissait et qui a lu notre humoriste en traduction anglaise – il dépasserait bien des auteurs qui ont pratiqué l’art difficile et délicat de l’humour. Et voici le troisième miracle : Cholem Aleichem est universel. Il est considéré comme le plus difficilement traduisible des auteurs yiddish parce qu’essentiellement juif y et faisant corps pour ainsi dire avec le yiddish – idiome parlé par excellence – tout en se révélant le plus universel d’entre eux. Cette considération nous a guidés dans notre traduction. Nous avons pensé que y pour sauvegarder le caractère universel de l’œuvre de Cholem Aleichem, il importait avant tout de veiller aux traits spécifiques qu’accuse la langue yiddish. Nous nous sommes ainsi appliqués à ménager, autant que possible, à travers la traduction française, le génie de cette langue, sa démarche nerveuse, son rythme syncopé, ses réveils en sursaut et, si l’on ose dire, ses mœurs. Y avons-nous réussi au moins dans une certaine mesure ? Nous en serions comblés.