« Un matin, mon meilleur ami s’est donné la mort, sans s’expliquer ni
s’être lamenté. Il a déposé ses deux filles devant l’école, il a rejoint
l’immeuble du bureau où il travaillait, il a garé sa voiture, il est
entré dans le hall, il a pris l’ascenseur jusqu’au cinquième, l’étage en
travaux où il n’y avait personne, il a déposé sa veste sur le dossier
d’une chaise, il a poussé une table sous une fenêtre qu’il a ouverte, il
est monté sur la table et il a sauté, sans un cri. Et comme c’était un
garçon solide, il n’est pas mort tout de suite, il nous a laissé croire
quelques heures qu’il allait se remettre, et qu’il pourrait nous
expliquer ce que nous avions raté. Mais non, il est mort et nous ne
saurons pas d’où lui venait cette grande résolution à fuir. Moi,
cela fait dix ans que je n’en finis plus de me déliter dans un corps
rongé par une maladie dont on ne sait rien, ou si peu. Je perds la
marche comme j’ai perdu tant d’autres choses : la finesse de préhension
et la précision du geste, la possibilité de courir, la capacité à me
mouvoir librement et sans contrainte. Pourquoi Serge a-t-il choisi de mourir ? Pourquoi ai-je choisi de vivre coûte que coûte ? » G. de F.
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Moi, cela fait dix ans que je n’en finis plus de me déliter dans un corps rongé par une maladie dont on ne sait rien, ou si peu. Je perds la marche comme j’ai perdu tant d’autres choses : la finesse de préhension et la précision du geste, la possibilité de courir, la capacité à me mouvoir librement et sans contrainte.
Pourquoi Serge a-t-il choisi de mourir ? Pourquoi ai-je choisi de vivre coûte que coûte ? » G. de F.