Ce roman autobiographique balaye sur son passage les idées reçues et les tabous qui transfigurent et trahissent l’expérience de la drogue. Qu’en sait-on au juste d’après les informations médicales ou techniques que nous possédons ? Que sait-on de sa victime, de ses peurs et de ses détresses, de ses joies et de ses désirs ? Que sait-on enfin de ceux qui assistent, impuissants, au drame qui se déroule sous leurs yeux et de la société dans laquelle il se joue ?
Choisissant volontairement de s’écarter des sentiers battus et balisés par la morale ou la pédagogie, Driss Guessous nous livre en toute simplicité, sans faux-semblants ni compromis, le récit d’une vie marquée par une rencontre fatale et troublante qui plonge lentement le héros – et son lecteur avec lui – dans les affres voluptueuses des paradis artificiels.
La relation avec la drogue est vécue et racontée comme une histoire d’amour d’autant plus tragique qu’elle repose sur un plaisir voué à devenir malin. Mais c’est seulement en la voyant naître, mûrir, puis se putréfier sous ses yeux que le lecteur comprend enfin sa véritable nature.
Enfin, cette liaison dangereuse se complique encore sous l’influence de l’Autre, de la culture et de la tradition propres au Maroc et à sa bourgeoisie. Mais le regard critique porté sur ce contexte socio-culturel ne constitue pas la seule originalité du roman qui offre au lecteur de magnifiques pages d’écriture. Si le rythme, les sonorités, le ton ont un pouvoir incantatoire qui se superpose à celui des mots, la structure même du récit évoque un aspect inédit du sujet. Brisant le schéma classique de la narration en s’y incarnant brutalement, comme une obsession évadée du cerveau du narrateur, l’héroïne un peu particulière de ce roman à deux voix prend la parole pour converser avec lui. Une rencontre se dessine, un dialogue se prolonge… S’achèvera-t-il ?
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