Quand Maurice Heine écrit Luce ou les Mémoires d’un veuf, il aurait pu l’intituler : Deux
filles de leur père. À la même époque, Pierre Louÿs écrivait : Trois
filles de leur mère. Les bas mauves et les jarretières noires, voilà qui est
de Feydeau. Les amours ancillaires, voilà qui appartient aux Mémoires d’un
jeune Don Juan. Tant les thèmes, en fin de compte, du roman érotique se
croisent et se recroisent en assez petit nombre. Et si le veuf fait l’amour à
sa fille dans un parc, c’est en hommage à l’Abbé Mouret, père spirituel.
Pourquoi donc ce roman de Maurice Heine
nous est-il aussi agréable ? D’une part par cet effleurement de références
et de souvenirs d’une grande discrétion, mais qui
témoignent de tant de culture. D’autre part, et surtout peut-être, par ce mélange
bienheureux de précisions qui appartiennent au XIXeet au XXe siècles
et d’un style qui est, lui, propre au XVIIIe. Le bonheur
d’expression de la littérature française du XVIIIe siècle,
dans ses alambiquages grammaticaux, est sans pareil. Maurice Heine joue de cet
instrument à la perfection. Et les touches d’anarchisme par l’anachronisme
qu’on trouve dans certaines de ses phrases ajoutent encore à ce plaisir du
style. Comment par exemple mieux définir Restif qu’ainsi :
« L’inceste en souliers cambrés fut la formule de ses amours. »
Il ne faudrait cependant pas voir
uniquement dans l’œuvre de Maurice Heine un divertissement. Ou sinon un
divertissement grave, où finalement il y va de la condition de l’homme et de
son bonheur. Georges Bataille, qui n’avait pas l’émotion facile, consacre une
note sensible à Maurice Heine dans la Littérature et
le mal. « Maurice Heine poussait l’aversion de la peine de mort − qu’il
avait en commun avec Sade − jusqu’à condamner les courses de taureaux. Au
demeurant, l’un des hommes qui ont le plus discrètement, mais le plus authentiquement,
honoré son temps. Je suis fier d’en avoir été l’ami. »
Description:
Quand Maurice Heine écrit Luce ou les Mémoires d’un veuf, il aurait pu l’intituler : Deux filles de leur père. À la même époque, Pierre Louÿs écrivait : Trois filles de leur mère. Les bas mauves et les jarretières noires, voilà qui est de Feydeau. Les amours ancillaires, voilà qui appartient aux Mémoires d’un jeune Don Juan. Tant les thèmes, en fin de compte, du roman érotique se croisent et se recroisent en assez petit nombre. Et si le veuf fait l’amour à sa fille dans un parc, c’est en hommage à l’Abbé Mouret, père spirituel.
Pourquoi donc ce roman de Maurice Heine nous est-il aussi agréable ? D’une part par cet effleurement de références et de souvenirs d’une grande discrétion, mais qui témoignent de tant de culture. D’autre part, et surtout peut-être, par ce mélange bienheureux de précisions qui appartiennent au XIXeet au XXe siècles et d’un style qui est, lui, propre au XVIIIe. Le bonheur d’expression de la littérature française du XVIIIe siècle, dans ses alambiquages grammaticaux, est sans pareil. Maurice Heine joue de cet instrument à la perfection. Et les touches d’anarchisme par l’anachronisme qu’on trouve dans certaines de ses phrases ajoutent encore à ce plaisir du style. Comment par exemple mieux définir Restif qu’ainsi : « L’inceste en souliers cambrés fut la formule de ses amours. »
Il ne faudrait cependant pas voir uniquement dans l’œuvre de Maurice Heine un divertissement. Ou sinon un divertissement grave, où finalement il y va de la condition de l’homme et de son bonheur. Georges Bataille, qui n’avait pas l’émotion facile, consacre une note sensible à Maurice Heine dans la Littérature et le mal. « Maurice Heine poussait l’aversion de la peine de mort − qu’il avait en commun avec Sade − jusqu’à condamner les courses de taureaux. Au demeurant, l’un des hommes qui ont le plus discrètement, mais le plus authentiquement, honoré son temps. Je suis fier d’en avoir été l’ami. »