Soudain,
ce fut comme si la paille d'un grenier s'embrasait, projetant sur le
fleuve des flammes dorées qui se mirent à danser. Benjamin attira Marie
contre lui, prit ses mains, les posa sur le gouvernail, les retint dans
les siennes. - Regarde mon royaume, dit-il. Le seul au monde qui mérite
d'être défendu. Il manoeuvra le gouvernail et Marie sentit dans ses
mains, dans ses bras, ses épaules, la puissance de l'eau.
- Tu sais pourquoi ? demanda Benjamin. Elle sourit, amusée, fit
un signe négatif de la tête. - Parce que dans ce royaume-là, tous les
hommes peuvent devenir rois. Et les femmes ? - Seulement celles qui
savent tenir un gouvernail, fit-il en riant. - Alors, laisse-moi
essayer. C'était encore le temps du bonheur, pour Marie et Benjamin.
Mais déjà l'Histoire, la " grande ", les rejoignait. La révolution de
1848 écrasée à Paris, une répression sourde pesait sur le pays.
En
Décembre 1851, le coup d'Etat du prince Napoléon déclenche dans tout le
Sud-Ouest républicain une véritable insurrection. Benjamin, qui y a pris
part, est arrêté, jugé, déporté en Algérie avec des milliers d'autres.
Une nouvelle fois - c'était déjà le cas dans les cailloux bleus et les
menthes sauvages, une femme anime un roman de Christian Signol.
Description: