La Montagne Vide

Collectif

Language: French

Publisher: Hermès clandestin

Published: Aug 24, 2012

Description:

Les trésors cachés de la culture classique chinoise.

Si en Occident, la tragédie est le fondement de la culture littéraire. En Chine, les lettres sont nées dans la poésie. Le développement de la prose, de l’essai, du « roman » est bien plus tardif se développant au travers de la poésie. Le propos de cet ouvrage est de présenter un panorama de cette poésie classique s’étendant sur près de 6 siècles. Poésie très différente de celle pratiquée ici, en Occident. Et ce, pour des raisons philosophiques, spirituelles, mais aussi conceptuelles : à savoir, sa structure, sa composition.

Cette anthologie présente des chefs-d’œuvre peu connus, peu traduits autour des idéaux taoïstes et bouddhiques. Sans ces référents le lecteur lambda peut y voir des odes panthéistes, à la nature, au dépouillement, à la simplicité, à la vie. Odes fantastiques ou réalistes. Si l’on oblitère ces conceptions philosophico-spirituelles, le lecteur amateur de haïkus y puisera dans certains textes nombre des thématiques développées ultérieurement par Buson, Issa ou encore Bâsho : l’instantanéité, le moment présent. Mais cette poésie dans sa conception amène le lecteur à la méditation, à l’expérience pleinement consciente (bouddhisme Chan qui donnera naissance au zen) et d’entrevoir cette intime fusion du poète avec son environnement (l’osmose de l’homme et de l’Univers). D’abord principalement taoïstes, les poèmes vont s’imprégner avec les différents règnes de l’influence bouddhique qui apparait avec la dynastie Tang (618-907) prenant possession de nouveaux territoires, s’ouvrant à d’autres formes de pensées et les assimilant.

La poésie chinoise classique est née sous la dynastie des Han (-206 à 220 apr. J.-C.) avec les Sept Sages de la forêt de bambous vers le IIIe siècle apr. J.-C. (zhulin qi xian – précision : les termes chinois entre parenthèses sont la transcription pinyin) : ne s’agissant pas d’un cénacle formel élitiste, ce groupe prônait la liberté, la musique, le vin et son ivresse. Avec ces Sages, la poésie se libère des rigueurs conventionnelles : que ce soit dans la composition que dans la morale (personnage libéré de toute pression). Poèmes aux charmes bucoliques, pacifiant l’âme, odes au vin libérateur s’expriment avec maestria chez T’ao Yuan-ming (Tao Yuanming) qui sort le poème du mysticisme et de la métaphysique pour la simplicité du spontané. Sie Ling-yun (Xie Lingyun), exécuté pour rébellion, fervent bouddhiste, développe une écriture recherchée, érudite restant dans l’observation de cette nature. Avec ces deux auteurs, on découvre une poésie plus ouverte que par le passé, mais surtout des personnages qui se sont détachés des rigueurs « séculaires ».

Avec la dynastie Tang, la poésie est fleurissante : l’on recense quelque 2300 poètes et 48900 poèmes ! Là est la séparation : le poème s’est structuré avec vers penta et heptasyllabiques, des rimes et des tons créant des effets et des jeux de symétries, d’opposition, de balancement. Malgré les règles très précises, le poète peut jouer avec celles-ci et s’en jouer. Deux noms : Tu Fu (Du Fu) et Wang Wei. Le premier s’est surtout révélé dans des poèmes liées à la vie humaine et à sa condition. Poussant l’art tonal à son paroxysme, Tu Fu a su admirablement rendre compte de l’intrication homme-Univers. Tu Fu est considéré comme le « Saint de la poésie (shisheng). L’autre nom est Wang Wei bouddhiste affirmé, son art s’exprime dans la contemplation de la nature, dans la retranscription de scènes campagnardes dépouillées. Il est l’initiateur de la peinture monochrome au lavis. Son art pictural et sa poésie s’imprègnent l’un l’autre.

À la suite de la chute des Tang, la Chine se retrouve divisée et la dynastie des Song va développer la poésie chantée. C’est sur cette dynastie que se referme l’anthologie : des textes d’une beauté éclatante et simple, fusion de l’auteur avec son environnement, et la structure complexe où chaque élément se réponde, se souligne, s’oppose comme dans une danse.
Que l’on ne s’étonne pas de l’absence de noms aussi remarquables tels que Li Bai, Bai Juyi (auteur de plus de 3000 poèmes), leurs textes ne s’inscrivent pas dans une perspective spirituelle voulue par les deux auteurs car rappelons-le cette anthologie se veut une présentation des plus beaux textes taoïstes et bouddhiques.