Avec cette véritable autopsie de l'inceste père-fille, sujet sulfureux
entre tous, Christiane Rochefort affrontait enfin une préoccupation qui
s’était inscrite dans toute son œuvre.
La narratrice, qui est
anonyme, est une femme qui fut une petite fille de huit ans victime
d’inceste. Elle ne pouvait le dire à personne, surtout pas à sa mère,
son père lui ayant fait savoir que, dans ce cas, il se suiciderait. Et
il y avait aussi l’oncle Paul qui débordait de tendresse. Elle tenta de
s'enfermer dans sa chambre, refusant de toutes ses forces d'entrer dans
la logique malsaine du père. C'est ce qui la sauva, d’autant plus
qu’étant lucide, que n'assumant pas un rôle de victime, elle n'accepta
pas, se révoltant tout au long, affirmant : «Le malheur, ce n'est pas le
sexe et pas non plus l'inceste. Le malheur, c'est le patron.» Elle fit
le compte du nombre de jours qui la séparaient du moment où elle
pourrait enfin, légalement, dire merde à ce père qui voulut lui faire
croire que c’était pour son bien qu’il agissait ainsi.
Ce récit
d’un inceste, dur et pudique, tendre et virulent, poignant, au style
percutant, mordant et argotique (mais il est étonnant que cette enfant
maîtrise avec art l’imparfait du subjonctif), est divisé en neuf courtes
séquences qui correspondent aux étapes de la dépossession de l’enfant
qui s’exprime à différents âges : sept ans, trente ans, neuf ans, quinze
ans. Sa douleur affleure, parfois insoutenable, mais le livre n’a
pourtant rien de misérabiliste. Apprécié de la critique française,
le roman, qui est sans doute une des plus belles œuvres de Christiane
Rochefort, a obtenu le prix Médicis et a été traduit en de nombreuses
langues.
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