Jonathan Noël est un homme rangé et solitaire : il approche de la retraite et n'a jamais failli à son travail de vigile à la banque
près de chez lui. Il n'a qu'une aspiration : vivre une vie tranquille
sans qu'on lui prête attention. Sa jeunesse, qui n'a pas été des plus
agréables, explique en grande partie ce mouvement de repli sur soi : en 1942, sa mère a été déportée en camp de concentration ; en 1953, il est parti faire la guerre en Indochine et en 1954,
son oncle l'a persuadé d'épouser Marie Baccouche, malheureusement déjà
enceinte de 5 mois, et amoureuse d'un autre avec qui elle a fui par la
suite.
Il vit ainsi, à l'abri du monde, dans une petite chambre de bonne,
au dernier étage d'une maison bourgeoise. Il aime tellement sa
chambrette simple qu'il va bientôt se l'acheter pour que rien ne puisse
plus les séparer et qu'il puisse finir sa vie en continuant son petit
train-train quotidien. En quelque sorte, comme l'indique le narrateur,
sa petite chambre est « sa maîtresse, car elle l'accueill[e] tendrement en elle ».
Or, un matin, quand il sort faire ses besoins dans la petite toilette
de l'étage, après avoir écouté soigneusement pour être sûr de ne
rencontrer personne, il tombe face à face avec un pigeon.
Pris de panique, il s'enferme dans sa chambre. Ce n'est qu'avec un
grand élan de courage qu'il parvient à sortir de sa chambrette et aller à
son travail. Il est résolu à se séparer de sa chambrette pour ne plus
avoir à revoir le pigeon.
Tout au long de la journée, il ne réussit pas à suivre son habituelle
routine et se croit fini. Il commet quelques étourderies lors de son
service du matin et déchire involontairement son pantalon pendant sa
pause déjeuner : ces événements sans importance majeure prennent à ses
yeux la dimension d'un drame. Il va jusqu'à envier le clochard
qu'il voit tous les jours depuis des années, et qui semble incarner à
ce moment un modèle d'insouciance et de liberté, très loin de ses
propres angoisses. Le soir venu il va coucher à l’hôtel avec ses
économies pour ne pas avoir à le revoir. Il passe une nuit tourmentée,
un orage provoque en lui une réminiscence de ses souvenirs d'enfance
douloureux. Mais le lendemain, lorsqu'il décide de revenir chez lui, il
paraît apaisé. Comme le jour où il a découvert la disparition de sa mère
en 1942, il s'amuse à marcher en plein dans les flaques d'eau. La fin
du récit se voit donc liée à l'évocation de sa jeunesse dans l'incipit. Une fois rentré chez lui, Jonathan découvre avec soulagement que le pigeon n'est plus là et que le couloir est propre.
Description:
Jonathan Noël est un homme rangé et solitaire : il approche de la retraite et n'a jamais failli à son travail de vigile à la banque près de chez lui. Il n'a qu'une aspiration : vivre une vie tranquille sans qu'on lui prête attention. Sa jeunesse, qui n'a pas été des plus agréables, explique en grande partie ce mouvement de repli sur soi : en 1942, sa mère a été déportée en camp de concentration ; en 1953, il est parti faire la guerre en Indochine et en 1954, son oncle l'a persuadé d'épouser Marie Baccouche, malheureusement déjà enceinte de 5 mois, et amoureuse d'un autre avec qui elle a fui par la suite.
Il vit ainsi, à l'abri du monde, dans une petite chambre de bonne, au dernier étage d'une maison bourgeoise. Il aime tellement sa chambrette simple qu'il va bientôt se l'acheter pour que rien ne puisse plus les séparer et qu'il puisse finir sa vie en continuant son petit train-train quotidien. En quelque sorte, comme l'indique le narrateur, sa petite chambre est « sa maîtresse, car elle l'accueill[e] tendrement en elle ».
Or, un matin, quand il sort faire ses besoins dans la petite toilette de l'étage, après avoir écouté soigneusement pour être sûr de ne rencontrer personne, il tombe face à face avec un pigeon. Pris de panique, il s'enferme dans sa chambre. Ce n'est qu'avec un grand élan de courage qu'il parvient à sortir de sa chambrette et aller à son travail. Il est résolu à se séparer de sa chambrette pour ne plus avoir à revoir le pigeon.
Tout au long de la journée, il ne réussit pas à suivre son habituelle routine et se croit fini. Il commet quelques étourderies lors de son service du matin et déchire involontairement son pantalon pendant sa pause déjeuner : ces événements sans importance majeure prennent à ses yeux la dimension d'un drame. Il va jusqu'à envier le clochard qu'il voit tous les jours depuis des années, et qui semble incarner à ce moment un modèle d'insouciance et de liberté, très loin de ses propres angoisses. Le soir venu il va coucher à l’hôtel avec ses économies pour ne pas avoir à le revoir. Il passe une nuit tourmentée, un orage provoque en lui une réminiscence de ses souvenirs d'enfance douloureux. Mais le lendemain, lorsqu'il décide de revenir chez lui, il paraît apaisé. Comme le jour où il a découvert la disparition de sa mère en 1942, il s'amuse à marcher en plein dans les flaques d'eau. La fin du récit se voit donc liée à l'évocation de sa jeunesse dans l'incipit. Une fois rentré chez lui, Jonathan découvre avec soulagement que le pigeon n'est plus là et que le couloir est propre.